Améliorer la nutrition, résister aux stress abiotiques, réactiver la vie du sol, voilà les principes fondamentaux de la biostimulation. Applicable aux terrains de sports, cette pratique, s’appuyant notamment sur l’apport de champignons et de bactéries dans les sols sportifs, favorise le développement des gazons.

Une étude relayée par le fabricant ICL Fertilizers, basée sur 1 000 bilans agronomiques, prouve que 77 % des sols sportifs sont déficitaires en vie microbienne, avec un ratio taux MO/micro-organismes globalement mauvais (proche de 97 %).
Par ailleurs, les analyses de sols font apparaître fréquemment un déséquilibre des différentes fractions organiques (stable/fermentescible dite labile). En tout cas, la biostimulation, assurée par des produits spécifiques et homologués, n’a jamais été autant d’actualité. “Les pelouses sportives sont des milieux complexes à gérer et très exigeants : elles doivent d’une part garantir le bon développement et le bon état sanitaire des graminées, et d’autre part assurer les meilleures conditions de jeu possibles pour les joueurs. La balance entre les deux est parfois délicate à trouver. Au regard de la nature du sol, parfois quasiment ‘artificiel’, du choix variétal pour le gazon et des exigences de jeu, les pratiques d’entretien restent majoritairement orientées vers les produits à effets rapides. Cependant, de plus en plus de gestionnaires cherchent à combiner un ensemble de pratiques d’entretien plus respectueuses de l’environnement, et permettant de conserver un confort de jeu. Intégrés à d’autres pratiques durables, les biostimulants font partie de la panoplie des produits utiles pour améliorer l’autonomie des systèmes sol/plantes” développe Bleuenn Adam, responsable technique au sein de l’entreprise Sylva Fertilis France.

Définition, règlementation et composition
Les biostimulants entrent dans la catégorie des MFSC (Matières Fertilisantes et Supports de Culture). Contrairement aux autres familles de fertilisants, il n’existe pas de normes d’application obligatoires pour les biostimulants. Chaque spécialité doit donc posséder sa propre Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). C’est pourquoi, les utilisateurs potentiels trouvent des préparations microbiennes homologuées, des stimulateurs de croissance homologués, des substances humiques homologuées…, mais en aucun cas, des biostimulants homologués. En 2022, les premiers biostimulants CE seront disponibles (cf. encadré). En attendant, les biostimulants qui disposent d’une AMM peuvent également être mis sur le marché en mélange avec des supports de culture sous la norme NFU 44-551/A4 ou avec des amendements ou engrais organiques sous la norme NFU 44-204. Stéphane Grolleau, chef de marché espaces verts chez Compo Expert rappelle à juste titre “que l’homologation est une sécurité, la garantie de résultats. Des essais de laboratoires indépendants sont fournis aux autorités, ainsi qu’un dossier complet d’évaluation sur l’éco-toxicologie du produit et son efficacité réelle”.

Les dossiers d’AMM sont évalués par le comité d’experts de l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES). Les dénominations exactes des allégations autorisées et du type de produit ayant reçu une AMM sont publiées sur le site internet : www.anses.fr/evaluations (exemple : stimulateur, engrais, matière humique…) ou ephy https://ephy.anses.fr/.
Si les biostimulants intègrent une combinaison plus ou moins complexe de divers constituants (acides aminés, substances humiques, extraits d’algues bruts…), beaucoup sont composés de champignons, de bactéries mais aussi de levures aux propriétés très intéressantes pour les sols sportifs : les champignons mycorhiziens ont la capacité de s’associer dans un cadre symbiotique avec les racines du gazon pour former un organe spécifique appelé ‘mycorhize’. C’est une symbiose mutualiste, chacun des protagonistes tire parti de cette association. Pour le gazon, sous réserve de souches spécifiques, les mycorhizes permettent de prospecter un volume de sol supplémentaire. “Cette capacité d’extension du système racinaire par les mycorhizes permet également à la plante de mieux résister à des conditions de sécheresse en exploitant plus aisément les ressources en eau du sol” ajoute Agnès Chanteau Foucher, coordinatrice commerciale et administrative chez If tech ; les bactéries dégradent la matière organique présente dans les sols en éléments nutritifs biodisponibles pour le gazon. Certaines fixent l’azote, d’autres solubilisent le phosphore, le fer… ; les levures sont aussi, pour certaines, capables de minéraliser la matière organique en éléments nutritifs disponibles pour le gazon.
Notons également que ces biostimulants agissent en synergie avec d’autres intrants. “C’est même tout leur intérêt : apporter des propriétés fertilisantes nouvelles et complémentaires” indique Bleuenn Adam. “Dans le cas des champignons mycorhiziens sur terrain sportif, ceux-ci devraient dans l’idéal être combinés à des amendements ou des engrais organiques, car seule une libération lente des nutriments est durablement compatible avec le fonctionnement des micro-organismes. Mais il n’y a pas que des synergies. Par exemple, un apport d’engrais phosphaté est à éviter dans les mois qui suivent l’application du produit, car un environnement riche en phosphates défavorise la formation des symbioses champignons-racines” précise-t-elle.

Produits mycorhizés
Evalués par l’Anses puis contrôlés par le ministère de l’agriculture en vue d’obtenir une homologation, les produits mycorhizés proviennent de souches naturelles mises en culture grâce à diverses techniques in vitro. La mycorhization, durable jusqu’au dépérissement du gazon, se réalise avec différents produits : des substrats mycorhizés, des granulés, des poudres (lors des semis), des formulations liquides (sur des gazons déjà installés) et des pelliculages sur les semences. Dans la catégorie des biostimulants mycorhizés présentés sous la forme de granulés, la société Sylva Fertilis propose ‘Trilis®’ (support de culture végétal avec préparation microbienne NF U 44-551 contenant du ‘Mycor’ AMM n°1301001). “Il va agir sur la capacité du gazon à se nourrir par lui-même. En plus de réguler l’humidité du sol et d’en améliorer la structure, Trilis® favorise la capacité de résilience de la pelouse, c’est-à-dire sa capacité à se régénérer après des épisodes stressants comme des tontes fréquentes, un fort piétinement, un déficit hydrique… A l’implantation de la pelouse, Trilis® a montré de très bons résultats : levée plus rapide et densité plus importante (+ 44 % de brins), et une meilleure résistance au stress hydrique (…) On peut apporter Trilis® juste après une opération mécanique type carottage, avec brossage ou griffage pour incorporer le produit dans le sol, au plus près des racines” détaille Bleuenn Adam.

Bactéries : pour une nutrition optimale
Les bactéries ont un rôle essentiel dans la nutrition des gazons, à l’image du produit ‘Agrosil® Algin’ de Compo Expert (AMM n°1180070). “L’action biostimulante de ce produit est due à la présence de la bactérie Bacillus R6CDX, d’algues et de substances humiques qui stimulent de façon synergique la croissance racinaire, renforcent la tolérance aux stress abiotiques, diminuent le risque de perte de jeunes plantules et augmentent la disponibilité et l’absorption de certains éléments nutritifs (phosphore-fer). Ce produit contient également de la zéolithe, qui se distingue par une structure alvéolée microporeuse. Elle contribue à une plus grande porosité à l’air, améliore la capacité d’échange cationique et constitue un formidable habitat pour la micro-flore utile. Sous forme de granulés dosés entre 500 kg et 1 500 kg/ha, Agrosil® Algin s’apporte au moment du semis ou lors d’opérations mécaniques” développe Stéphane Grolleau
De son côté, l’entreprise If tech propose le produit ‘Bactomycor’ (AMM n°1171275), disponible notamment par pelliculage. “Azospirillum, contenu dans Bactomycor, est un genre de bactéries en forme de spirale capable de fixer l’azote (souche CMCC Azo br 01). Elle se trouve dans beaucoup de sols et au niveau des racines des graminées. Elle peut fixer de 20 à 40 kg N/ha en association avec les racines et peut aussi fabriquer des hormones telles que l’acide indolacétique, l’acide gibbérellique, les cytokinines ainsi que des vitamines” relate la société.
L’entreprise Koppert n’est pas en reste avec le produit ‘Vicimyco+’ (AMM n°1171275), qui est un mélange de mycorhizes et d’azotobacter. “Alors que les champignons mycorhiziens aident la plante à obtenir les sels minéraux présents dans le sol, principalement le phosphore et l’azote, tout en la protégeant d’attaques d’autres organismes pathogènes, la bactérie Azospirillum fixe l’azote de l’air et du sol, le rendant plus facilement accessible à la plante” précise Thibaut Crance, directeur du département JEVI ( jardins, Espaces Végétalisés et infrastructures) chez Koppert France.

Des bactéries et des levures
Les bénéfices des levures pour le gazon ne sont pas à oublier. ICL Speciality Fertilizers propose notamment Vitalnova Energyl.  C’est un stimulateur de vie formulé en granulé, contenant la bactérie Bacillus amyloliquefaciens IT 45 (AMM n°1100014) et Saccharomyces cerevisiae – souche LYCC6420 levure sélectionnée (AMM n°1100009). Les bactéries Bacillus amyloliquefaciens IT 45 colonisent les racines et stimulent la production de radicelles. Cette bactérie solubilise en même temps le phosphore du sol, le rendant ainsi biodisponible. Les levures Saccharomyces cerevisiae LYCC6420 vont stimuler la microflore du sol, améliorant ainsi les processus de minéralisation et d’humification des matières organiques.  D’après les essais, après application (2x/an), il y a une restitution de 30 à 40 unités d’azote supplémentaires par rapport au sol initialement en place. Les levures permettent aussi d’augmenter considérablement la population de champignons et de bactéries du sol. La production de biomasse est aussi améliorée. Mais surtout, on mesure une dégradation du feutre ainsi qu’une réduction du taux de matière organique de 30 à 40 % par hectare et par an. Les retours utilisateurs vont au-delà de ce que nous avons mesuré en laboratoire” relate Marc Ribeyron d’ICL Speciality Fertilizers. Les sols sont ainsi rééquilibrés pour des gazons plus résistants.

Des biostimulants 100 % organiques
Les stimulateurs de croissance d’origine organiques sont parfois couplés à des engrais, comme le propose le groupe Frayssinet avec le produit ‘Nutribio+’ (AMM n° 1030003). “Nutribio+ est un engrais organique azoté, sous forme liquide, alliant l’efficacité du stimulateur de croissance racinaire Osyr, avec 90 g/L d’azote total (N) organique avec des acides aminés 100 % assimilables. Plus en détail, ce produit est élaboré à partir du complexe Nutri Amino Acid obtenu par hydrolyse enzymatique. Ce procédé naturel permet d’obtenir un complexe azoté (90 g/L N organique) renfermant 45 % d’acides aminés totaux, dont 22,5 % d’acides aminés libres. Ce taux élevé d’acides aminés libres confère une grande qualité et une forte réactivité du gazon” développe la société. “Les stimulateurs de croissance sont également associés à des minéraux. Exemple avec ‘OSIFOL CA ’, une solution apportée par arrosage ou pulvérisation à raison de 3 à 5 L/ha (2 à 3 x/an), qui combine le stimulateur de croissance ‘Osyr’ avec du calcium, essentiel au métabolisme des cellules végétales. Voilà un double intérêt pour les professionnels puisque le calcium renforce la structure et la protection des cellules contre les risques d’altération et de toxicité. Il intervient également dans la signalétique des mécanismes de résistance de la plante face aux stress” indique Gilbert Garapin, directeur développement liquide de l’entreprise Frayssinet. Aujourd’hui, tout un panel de solutions biostimulantes existe.
A condition de sélectionner des produits homologués, dont l’efficacité a été prouvée.

Définition officielle des biostimulants
Le 25 juin 2019 est paru au Journal officiel de l’Union Européenne, le nouveau règlement européen harmonisé pour les fertilisants CE. Ce règlement nommé 2019/1009 entrera en application le 16 juillet 2022. A cette date, les premiers biostimulants CE seront mis sur le marché à la disposition de tous les utilisateurs de fertilisants, professionnels et grand public dans l’ensemble de l’Union Européenne. Ce règlement donne enfin un cadre aux biostimulants en leur attribuant une définition liée à leur(s) fonction(s) et en les intégrant dans la famille des MFSC. Il n’y aura plus de risques de confusion avec les produits de la protection des plantes, la limite étant clairement définie autour des stress abiotiques et biotiques.

La définition officielle, basée sur les fonctions, est la suivante : “un biostimulant des végétaux est un produit qui stimule les processus de nutrition des végétaux indépendamment des éléments nutritifs qu’il contient, dans le seul but d’améliorer une ou plusieurs des caractéristiques suivantes des végétaux ou de leur rhizosphère : l’efficacité d’utilisation des éléments nutritifs ; la tolérance au stress abiotique ; les caractéristiques qualitatives ; la disponibilité des éléments nutritifs confinés dans le sol ou la rhizosphère”. A noter que les règles nationales ne seront pas abrogées : par exemple, les AMM en vigueur dans les différents pays seront toujours valides.

 

Biostimulants : pour des terrains fertiles !

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