Depuis la mi-mars et la mise en place du confinement suite au Coronavirus, le quotidien de tous les services des sports et des sociétés du secteur a été chamboulé. Chacun a dû revoir ses méthodes de travail, gérer ses effectifs, continuer autant que possible ses missions, tout en prenant un peu de recul pour réfléchir aux conséquences et à la sortie de crise.

Que l’on soit responsable des sports ou dirigeants d’entreprise, la priorité a été de réorganiser rapidement le travail de ses équipes. “En raison de l’arrêt de toutes nos activités et de la fermeture de tous nos équipements sportifs, le service des sports est en grande partie à l’arrêt. Les équipes (gardiens et éducateurs sportifs) sont placés en autorisation d’absence avec maintien de la rémunération. Au sein du service, je suis “d’astreinte » en télétravail et je fais des passages au bureau pour gérer l’administratif ” décrit Cédric Evain, directeur des sports de Belfort. Puis, il a fallu installer de nouvelles habitudes, comme en témoigne Alain Hamida, responsable des sports de la Communauté d’Agglomération du Grand Dole : “désormais, nous avons mis en place une réunion quotidienne via Google Meet entre les responsables d’unité et moi-même afin de traiter les dossiers ou demandes en cours (plannings prévisionnels, travaux etc) d’une durée d’environ 30 minutes.
De plus, deux autres contacts téléphoniques quotidiens sont programmés avec l’ensemble des agents, avec la répartition suivante : les responsables d’unité et chaque agent de chaque unité. Ces contacts permettant de suivre le travail réalisé et de maintenir un lien constant”
.

Il en va de même pour les entreprises, avec d’autres problématiques qui rentrent en compte : “en accord avec l’ensemble du personnel de l’entreprise, nous avons décidé de réduire de 50 % notre effectif, qui est donc en chômage partiel à hauteur de
50 % de son temps habituel de travail, pour, dans un premier temps, la période du 18 au 31 mars 2020. Ont été pris en compte dans l’aménagement des temps de travail de chacun : les fonctions dans l’entreprise, les enfants, le partage de la garde des enfants avec le conjoint, le télétravail ou non du conjoint, les trajets domicile travail, la charge de travail au sein de l’entreprise selon les postes… La mise en place du télétravail était possible seulement pour deux salariés mais avec un équipement supplémentaire que notre prestataire ne pouvait pas installer avant… plusieurs mois !”
explique Marc Denoueix, manager général de MGE Green Service. Et Nicolas Robin, dirigeant de SMC2 d’ajouter : “le service administratif continue uniquement avec le responsable pour suivre les évolutions gouvernementales, gérer la trésorerie, effectuer les déclarations de chômage partiel. Nous avons également toujours une assistante pour le suivi quotidien :
le standard, le courrier, les dernières livraisons…”

Restructurer l’entretien des équipements
Bien évidemment, l’une des premières préoccupations des services des sports a été de gérer les structures sportives, en l’absence d’usagers : baisse du chauffage et de la ventilation, paramétrages des contrôles d’accès pour éviter toute occupation, visionnage des éventuelles caméras positionnées autour des équipements…
“Le chauffage des installations couvertes a été coupé, de même que l’éclairage, afin de ne pas « tenter » les utilisateurs qui ont les clés des installations. Par ailleurs, il a été décidé un service minimum de tonte afin de pas avoir à gérer une situation très compliquée en fin de confinement. Le chef d’équipe sport organise donc la tonte via les agents du service formés sur les tondeuses, par roulement, selon la météo et la pousse sur nos 15 terrains en gazon naturel football et rugby” explique Patrick Roy, directeur des sports de l’Espace Communautaire Lons Agglomération.

En plus de ces adaptations, la grande majorité des services ont mis en place des contrôles réguliers, quotidiens pour certains, 2 à 3 fois par semaine pour d’autres, qui font parfois l’objet de surprises, comme l’indique Yvon Grall, responsable du service des sports de Lorient. “Nos agents effectuent un contrôle intrusion (présence de personnes, casse, porte ou fenêtre restée ouverte, etc.) et technique (fuite d’eau, infiltration, etc.). Par exemple nous avons trouvé un couple d’un certain âge qui profitait d’une salle de tennis libre pour taper la balle tranquillement, ou encore les incidents classiques d’une piscine avec une électrovanne bloquée ou une casse de conduite d’eau. Ces tournées sont complétées par un contrôle journalier des éventuelles ouvertures des équipements via les badges, permettant ainsi, si besoin, un rappel au civisme auprès des adhérents des associations”.

La relation collectivité-entreprises

Cette période de confinement a également entraîné de nombreux arrêts de chantiers et de prestations d’entretien d’équipement. Ainsi, les collectivités ont dû s’adapter au regard des contrat en cours avec les entreprises et prestataires. “D’un point de vue général, cela ne concerne pas que le secteur sportif : plusieurs cas sont possibles, en fonction du type de prestations et des contrats en cours. Tout d’abord, il s’agit de savoir si l’entreprise concernée poursuit son activité ou non. Si elle ne la poursuit pas, quelles sont les conséquences : faut-il palier à cet arrêt de prestation ? Avec quels moyens ? Si elle la poursuit, le principe est une discussion entre les deux parties sur la base de l’évolution de la prestation, de la situation de la société (tout ou partie de la prestation à assurer ou non). Dans cette situation exceptionnelle, l’entente avec la société est indispensable afin de trouver le meilleur terrain d’entente” déclare Patrick Roy. De son côté, Pascal Simonet, directeur du service enfance, jeunesse et sport de la Ville du Mans, se veut pragmatique : “le service assure le paiement des factures dans les meilleurs délais pour ne pas pénaliser les entreprises ou prestataires. Sur demande de celles ne pouvant satisfaire à leurs obligations contractuelles, le service peut transmettre un ordre de service de suspension ou d’ajournement. Pour celles qui seront moins ou ponctuellement plus du tout sollicitées en raison de la fermeture des établissements sportifs et de l’arrêt des activités, le service va également envoyer des ordres de service de suspension”.

En outre, la réaction de la société ST Groupe témoigne bien des difficultés rencontrées par les entreprises : “la majorité de nos chantiers a été suspendue principalement à la demande de la maîtrise d’ouvrage et nous subissons également des difficultés d’approvisionnement de l’ensemble de nos fournisseurs français et européens. Pour les chantiers maintenus, nous envoyons nos équipes avec, pour consigne, de respecter au maximum les gestes barrières et d’augmenter leur vigilance à défaut de pouvoir s’approvisionner en masques et gel hydroalcoolique…” argumente Frank Plachetka, le directeur général.

La gestion financière
Bien entendu, l’arrêt des chantiers et des commandes suscite de nombreuses interrogations de la part des sociétés du secteur. “Nos 20 chantiers en cours sont à l’arrêt… Nous prévoyons trois mois de perte de chiffre d’affaires, on ajuste notre trésorerie et notre mode de gestion en fonction de cette hypothèse de décroissance brutale” explique Nicolas Robin. Chaque entreprise essaie d’anticiper un maximum, à l’image de MGE Green Service : “la bonne gestion d’une entreprise implique d’agir en permanence au niveau de la trésorerie car il s’agit d’une action au long cours. Nous le faisons avec nos partenaires bancaires avec qui nous partageons notre stratégie et nos objectifs. Le cas particulier de la crise du Covid-19 aura sans doute des répercussions sur nous comme sur la plupart des entreprises. Si elles vont au-delà de ce qui est mis en place chez nous, c’est seulement à ce moment-là que nous déciderons de faire appel ou non aux aides et soutiens de l’Etat, de la région ou autres” déclare Marc Denoueix. De manière tout à fait logique, le manque de visibilité a pour conséquence une certaine inquiétude. “Avant la crise, nous étions dans une logique de développement, diversification et maîtrise du processus complet de réalisation. Notre vision stratégique était projetée sur les 5 et 10 années à venir. Aujourd’hui, notre principal objectif est de maintenir l’activité, de limiter la perte de résultat et de préserver 100 % des emplois” témoigne Frank Plachetka.

Si du côté des collectivités, la problématique financière n’est pas similaire, certaines s’adaptent aussi concernant les aspects budgétaires, comme l’explique Marco Sentein, directeur des sports de Muret : “le paiement en mars de l’intégralité du salaire est maintenu sans aucunes retenues (financière et/ou congés RTT). Nous verrons la position de la Collectivité, pour un éventuel prolongement en avril… En sachant que nos agents techniques des sports maintiennent par rotation un entretien minimum de certains sites avant une montée “en puissance” (désinfection totale de tous nos ERP, vestiaires…) lorsque la date officielle de reprise des activités sera connue”.

La gestion humaine
Cette situation de crise soudaine est tout de même difficile à gérer, avec un stress important pour les responsables de services. “Il n’est pas simple d’organiser du jour au lendemain un travail à domicile alors qu’on n’y est pas préparé, et que nous travaillons beaucoup sur des logiciels internes à la collectivité qui ne sont pas accessibles depuis le domicile (en particulier pour les logiciels qui ont besoin d’une licence). De plus, mettre à disposition certains agents pour d’autres tâches que celles du service, en fonction des besoins des autres secteurs, cela peut toujours être délicat : ‘pourquoi moi ?’ ».

Pour sa part, Cédric Evain insiste sur le ressenti des agents : “l’arrêt du service a été brutal. Pour les équipes, cela ressemblait plus à une évacuation d’urgence qu’à une procédure normale. Ainsi, le départ s’est fait avec un certain stress accentué pour toutes les communications anxiogènes du moment sur les différents médias. Une semaine après cette fermeture, les équipes sont encore beaucoup dans l’émotion et plutôt renfermées sur elles-mêmes (se préserver, préserver ses proches, s’organiser une nouvelle vie…). A suivre dans les prochaines semaines…”

Afin de gérer au mieux ces périodes de stress, Marie-Hélène Bruzzi, responsable communication de Barenbrug donne quelques conseils : “il faut beaucoup de solidarité et de polyvalence à tout niveau et un contact journalier entre collaborateurs :
pause-café virtuelle, pause-jeu en ligne… Mais surtout beaucoup d’humour et d’encouragement dès lors qu’un collègue montre des signes de fatigue, de stress, de nervosité.”
Cette proximité a également été choisie par la Communauté d’Agglomération du Grand Dole, comme l’indique Alain Hamida : un envoi quotidien par mail à 17 h a été mis en place à destination de tous les agents de la collectivité. Il les incite à réaliser entre 15 et 30 minutes d’exercices physiques dans cette période de confinement (pour eux et leurs enfants), le tout au sein d’un message qui se veut technique mais aussi pédagogique et humoristique.

La mission de service public
Sans surprise, les villes ont dû mettre en place des procédures spécifiques pour accompagner leurs habitants. “Dès le lundi 16 et le mardi 17 mars, les réunions se sont multipliées avec la mise en place d’une cellule spécifique (maire, adjoints et chefs de services) et un plan d’actions destiné essentiellement à soutenir et accompagner les plus vulnérables. Un planning d’aide à la personne a été créé et de nombreux agents participent, chef de service comme techniciens” précise Guillaume Rayssiguier, directeur des sports de Saint-Pierre-du-Mont. Il est vrai que l’activité du secteur des sports étant très fortement ralentie, les agents sont sollicités. “Les éducateurs sportifs se tiennent à disposition pour venir renforcer d’autres services si besoin. Par exemple, des agents d’accueil et d’entretien sont actuellement en renfort dans les EHPAD” ajoute Pascal Simonet.

Se servir de cette période pour travailler certains projets
Pour beaucoup, cette période de confinement est l’occasion de prendre un peu de recul et d’avancer sur certains projets. “Nous travaillons sur les bilans d’animations sportives et programmes d’animations à venir (vacances sportives, séjours sportifs, trail urbain…), sur la préparation des séances pédagogiques scolaires, sur le budget 2020/2026, ainsi que sur les orientations du prochain projet de service (en attendant le résultat du deuxième tour) de façon à proposer le cas échéant des éléments aux prochains élus” mentionne Guillaume Rayssiguier. Et Patrick Roy d’ajouter : “cette période permet un travail sur certains dossiers qui ne peuvent avancer facilement en raison de la charge de travail” au jour le jour “d’un service des sports. Par exemple, j’ai pu reprendre un travail interrompu sur l’analyse budgétaire de la piscine des 5 dernières années. Nous mettons également en place un nouveau logiciel de badges d’accès des installations. Cette période va permettre de mieux préparer ce travail de saisie de toutes les installations, les secteurs, les repères de portes, de cylindres… alors que nous manquions de temps pour le faire”.

Bien évidemment, les responsables d’entreprises essayent aussi de tirer avantage de la situation et font “contre mauvaise fortune, bon cœur”, à l’image de Marc Denoueix : “il y a des choses qu’on n’a jamais le temps de faire ou de finaliser. Relever la tête du guidon est très utile pour les dirigeants d’entreprises. C’est vraiment important d’appeler des confrères, des clients, des fournisseurs et prendre le temps d’échanger sur la crise actuelle, leur manière de la gérer, leur vision de l’après Covid-19, leur vision de l’avenir. Nous l’avons fait et en avons tiré des éclairages tout à fait remarquables sur certains aspects”.

Les perspectives après le confinement
Il est difficile pour chacun de se projeter sans connaître réellement la date de fin de confinement. Toutefois, il est certain que la situation financière de certaines associations, notamment employeurs, risque d’être mise à mal si les subventions de fonctionnement ne sont pas versées rapidement. Cette situation se dégradera de toute façon du fait du report du deuxième tour des élections municipales ou du vote du budget. Facteur aggravant : l’annulation prévisible de manifestations/tournois, sources de financement non négligeable, voire essentielle pour certaines. La surveillance des associations après la crise sera une mission à ne pas sous-estimer pour assurer la reprise de la dynamique locale.

De plus, le décalage annoncé de certains calendriers de championnats sportifs pourrait avoir des effets indirects, et pas seulement financiers pour les services des sports : “le plan de continuité des activités a prévu dès le départ les scénarios des annulations de manifestations. Toutefois, il reste un enjeu important encore non perceptible : la planification des créneaux réguliers dans les stades et gymnases réalisée au début de l’été : en effet, en juin les associations pourront-elles se projeter sur leurs besoins réguliers de créneaux en septembre, avec de nouveaux élus aux sports qu’ils ne connaissent pas encore, et avec des fédérations qui décident d’un prolongement des championnats ? Je n’exclus donc pas un scénario de rentrée 2020/2021 avec une planification des créneaux horaires réguliers de la prochaine saison seulement à partir de la Toussaint, avec la prolongation des créneaux de cette année pour le mois de septembre et/ou octobre. Après la période traumatique du Covid-19, les responsables associatifs devront se “remettre en selle”, retrouver un rythme, remobiliser leurs bénévoles, avant de planifier les besoins réels pour la reprise” explique Alexandre Chevailler, directeur sports-animation-vie associative de Montbéliard. Pascal Simonet est sur la même longueur d’ondes : “sur le secteur stades/gymnases, les sujets concernent la reprise des championnats de football principalement. Les instances fédérales évoquent déjà les reports… sans avoir sollicité les propriétaires que sont les collectivités locales. Une nécessaire concertation devra avoir lieu pour terminer la saison et entamer la suivante dans les meilleures conditions de pratique. Est évoqué également le report de travaux de rénovation d’équipements entamés avec des clubs à reloger sur d’autres périodes (conséquences sur la prochaine saison sur les lieux de matchs et entraînements)”.

L’autre conséquence du Coronavirus est le report des élections municipales : de nombreuses collectivités sont donc dans l’attente. “Après cette catastrophe sanitaire, les élections municipales vont pouvoir aller au bout de leur processus. Nous préparons donc à l’attention de cette future équipe municipale un état des lieux du sport sur notre commune et une liste de points nous paraissant mériter une vigilance particulière” précise Yvon Grall.

“Cette étape doit fortement nous questionner et nous interpeller sur nos habitudes et façons de vivre et d’agir au quotidien ; sans aucun amalgame, la course au toujours plus vite, plus haut, plus fort atteint ses limites… relançons nos activités autour des notions d’écoute, de cohésion, de justesse et de raison…” insiste Guillaume Rayssiguier.
Et Marc Denoueix de conclure sur une note positive : “soyons optimistes car ce pays, son peuple, ses services publics de l’Etat et des collectivités et ses entreprises ont des ressources insoupçonnées que beaucoup nous envient à travers le monde”.

Coronavirus : la gestion de crise et ses conséquences

Une réflexion au sujet de « Coronavirus : la gestion de crise et ses conséquences »

  • Je suis en AMO pour les travaux de topping de la piste synthétique de Morlaix les travaux se terminent
    Les règles de confinement ont été respecté â la perfection et le chantier va être livré â la ville dès le traçage effectué

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