Les substrats élaborés et renforcés sont très utilisés afin d’obtenir un terrain en gazon naturel de qualité, tout en pouvant accueillir davantage d’heures de jeu qu’un terrain avec un substrat terre-sable. Néanmoins, plusieurs solutions existent et il est nécessaire de leur apporter une attention particulière au niveau de l’entretien.

Depuis de nombreuses années (plus de 20 ans), afin d’améliorer la qualité des terrains, des substrats élaborés ont vu le jour pour proposer une alternative technique aux pelouses construites sur un mélange terre-sable classique. L’objectif était, et reste toujours, de favoriser un profond enracinement pour développer la résistance à l’arrachement, obtenir une perméabilité bien supérieure, augmenter la capacité de rétention d’eau pour ainsi améliorer la qualité de jeu et bien entendu le nombre d’heures d’utilisation par semaine. Pour un coût d’environ 400 000 à 500 000 euros TTC, ce type de procédé permet de jouer près d’une vingtaine d’heures par semaine. Avec ce type de substrat, certains terrains ayant une quinzaine d’années sont d’ailleurs toujours en excellente qualité. “Des substrat élaborés fibrés® Sport International, réalisés il y a presque 15 ans dans le sud-ouest, sont toujours joués en entraînement de 15 à 20 heures semaine” décrit François Le Roux, dirigeant de Sport International.

Depuis l’Euro 2016 en France, une autre solution s’est beaucoup développée dans les stades de haut-niveau : les substrats renforcés. Ils sont composés principalement de sables et de renforcement synthétiques, spécifiques à chaque technique. On peut les classifier en trois grandes catégories : les pelouses en substrat élaboré en fibrage horizontal, les pelouses en substrat élaboré en fibrage vertical et les pelouses en substrat élaboré en nappe de gazon synthétique.

Un substrat mélangé avec des fibres synthétiques

Il existe différents procédés de gazon renforcé dans lesquels le substrat joue un rôle essentiel afin d’obtenir les meilleures caractéristiques possibles pour le terrain.

La technologie Air Fibr, développée par Natural Grass, est composée d’un substrat dans lequel est enraciné un gazon naturel. Ce substrat est constitué de trois éléments principaux : le sable fin extra-silicieux (très forte perméabilité et une importante rétention d’eau utilisable), qui sert de squelette, 150 milliards de microfibres synthétiques, jouant le rôle de racines artificielles tout en favorisant la résistance du gazon naturel, et enfin du liège naturel donnant à la surface de jeu une capacité de résilience pour un terrain qui amortit les chocs et ne se déforme pas. Le substrat est posé sur une couche drainante classique. Par la suite, l’engazonnement est réalisé soit par semi soit par placage. Sport International développe une technique assez similaire avec le produit Substrat S.I.

Des substrats avec injection/tuftage de fibres synthétiques

Les sociétés Desso (avec le produit Grassmaster®) et Global Stadium Development (avec le produit SIS Grass), quant à elles, proposent un système avec un substrat élaboré de 25 à 30 cm, composé de sable (pur et amendé) et de matière organique, sur lequel sont injectées plusieurs millions de fibres de gazon synthétique injectées à 20 cm
de profondeur, tous les 2 cm. Selon les cas (notamment les contraintes du chantier), le gazon est semé avant ou après l’implantation des fibres. Dans les deux cas, les racines poussent en suivant la fibre synthétique et s’enfoncent ainsi plus profondément. “Avec ce type de terrain, nous garantissons une bonne cohésion et un terrain jouable toute l’année. Il est également très résistant. Par exemple, à Vannes, entre les matchs de la coupe du monde féminine U20 et ceux des clubs locaux de rugby et de football, le
terrain a accueilli 15 matchs en un mois, sans compter les entraînements, et le terrain n’a pas bougé
” ajoute Christophe Sparfel, référent pelouse des stades de Guingamp et de Brest.

Un substrat avec des fibres synthétiques par-dessus

Par ailleurs, la technologie Mixto d’id verde est une combinaison entre le substrat élaboré Perméasport® et les fibres synthétique du fabricant Limonta, cousues sur un dossier en polypropylène. Celui-ci favorise l’association entre les brins naturels et synthétique, en seulement quelques jours, tout en laissant la structure racinaire du gazon naturel se développer de manière optimale.
Perméasport® est un substrat fabriqué sans terre végétale, composé d’environ 90 % de sable 0/2 siliceux et de 10 % de matière organique : zéolithe, mycorhizes et un complexe fertilisant Intergreen. Son épaisseur doit être de 15 cm minimum et nous essayons dans la mesure du possible qu’il soit de 18 à 20 cm. Après avoir installé un geotextile sur le fond de forme (pour éviter les contaminations), le réseau de drainage (diamètre de 100 mm tous les 5 m dans le sens de la longueur) et la couche drainante continue de 15 cm d’épaisseur, on positionne le substrat puis les fibres synthétiques sur 70 mm avec 50 mm de sable par dessus” explique Sébastien Ranson, chargé d’affaires sport d’id verde.

Quelle que soit la technologie retenue, l’investissement est beaucoup plus important qu’un gazon naturel classique puisqu’il faut compter entre 800 000 et 1 million d’euros TTC, voire plus pour certains terrains de haut-niveau.

Un arrosage indépendant pour gagner en précision

Pour un contrôle très précis de l’arrosage, il est recommandé de mettre en place une installation avec un arroseur par vanne. Chaque zone peut être ainsi traitée indépendamment et profiter d’un ajustement d’apports d’eau optimal. “En effet, toutes les parties du terrain n’ont pas les mêmes besoins, notamment celles souvent à l’ombre à cause d’éventuelles tribunes. Il est vraiment primordial d’apporter la bonne dose pour chaque zone et ainsi éviter d’effectuer un sur arrosage qui favorisera, avec le soleil, le développement de champignons” indique Laurent Mignonneau, responsable prescription Nord de l’entreprise Hunter Industries.

Comme pour chaque gazon naturel, afin de connaître la bonne durée et la fréquence d’arrosage, il est nécessaire de prendre en compte plusieurs paramètres, comme le précise Denis Petiteau, responsable produits de Rain Bird Europe :“Il est nécessaire de connaître les besoins de la plante, la valeur d’évapotranspiration, les capacités du sol et la pluviométrie des arroseurs (en mm/h) afin de définir la durée et fréquence d’arrosage.

Notre logiciel IQ gère de manière très simple tous ces éléments. Après un paramétrage initial, les données météo sont mises à jour quotidiennement par le logiciel de gestion centralisée et un calcul automatique ajuste ensuite l’arrosage pour apporter au gazon l’exacte quantité d’eau dont il a besoin chaque jour”. Ce type de gestion centralisée,
proposée également par Hunter Industries, favorise les économies d’eau, permet de lancer l’arrosage à distance et de recevoir rapidement des alarmes en cas de
problème détecté. “Nous conseillons d’arroser de nuit afin d’être plus efficace, notamment en période estivale. Les substrats élaborés et renforcés ne retenant pas beaucoup l’eau, il faut privilégier un arrosage fractionné. Par exemple, s’il faut arroser 30 minutes pour apporter les 5-6 mm d’eau nécessaire, il est préférable d’effectuer trois apports de
10 minutes afin d’être le plus efficace possible
“ ajoute Laurent Mignonneau.

Le choix des graminées et les opérations de regarnissage

Bien évidemment, il est important de privilégier des graminées capables de supporter des matchs à répétition et de se régénérer, même en période de stress climatique. “Par exemple, nous proposons le Seed Création Sport BS comprenant différentes variétés de ray-grass anglais et de pâturin des prés. Ce dernier bénéfice d’un système racinaire de type rhizomateux, et est plus résistant à certaines maladies. Il tolère mieux les fortes chaleurs, que le ray-grass anglais qui rentre en dormance au dessus de 29°C. De plus, le Seed Création Sport BS contient du Bacillus E4CDX2 pour faciliter l’installation du jeune gazon, notamment sur ces substrats particuliers” argumente Stéphane Grolleau, chef de marché espaces verts de Compo Expert. Et Michel Gaudillière, directeur commercial et marketing de la division gazon professionnel de Barenbrug d’ajouter : “Nous préconisons des mélanges avec deux ray-grass anglais, dont un RPR nouvelle génération composé d’un ray-grass anglais traçant avec formation de pseudo-stolons, et deux pâturins des prés avec rhizomes”.

Les regarnissages sont à effectuer environ trois fois par an, selon la fréquentation du terrain, à raison de 10 à 20 g/m2. “Nous proposons notre mélange Seed Régénération BS, qui reprend les mêmes variétés de ray gras anglais et pâturin des prés que notre mélange Creation Sport BS mais dans des proportions adaptées aux regarnissages. Il est aussi enrichi en Bacillus E4CDX2” déclare Stéphane Grolleau. Au niveau du nombre de regarnissages, les chiffres varient selon le niveau de pratique du terrain.
Il faut en prévoir un à l’automne, entre septembre et octobre puis en sortie d’hiver et enfin lors des opérations d’intersaison.
Un quatrième regarnissage peut-être possible en condition hivernale (3-4°C), si les conditions météorologiques le permettent, avec notre produit SOS afin d’augmenter la densité et la durée d’utilisation du gazon, avec dans ce cas-là une quantité d’environ 45 à 50 g/m2
” déclare Michel Gaudillière. Attention toutefois aux regarnissages estivaux car certaines maladies comme le pythium ou le pyricularia se développent beaucoup plus facilement sur les jeunes gazons.

Une fertilisation plus fractionnée

Concernant les plans de fertilisation, il est indispensable de fractionner les apports car ce type de substrat est très perméable et il retient donc très peu d’éléments. “Je conseille un apport tous les 4 à 6 semaines à faible dose (150 à 300 kg/hectare). Il faut privilégier l’azote à libération lente afin de mieux gérer la croissance du gazon et les risques pathogènes. En moyenne, il faut compter entre 1 à 1,5 unité d’azote par jour (soit entre 365 et 550 unités par an contre environ 250 pour un substrat terre-sable).
En complément, on recommande l’emploi des produits bio-stimulant comme par exemple le Vitanica P3 extra et le Vitanica Si, à base d’extrait d’algues et de silice. Nous rappelons aussi souvent aux intendants qu’il est obligatoire que ce type de produit dispose d’une autorisation de mise en marché en France pour revendiquer une action biostimulante ou la présence de silice. C’est un gage de qualité, d’efficacité, de traçabilité et de respect de la réglementation française
” conseille Stéphane Grolleau.

L’entretien mécanique

Comme toujours, l’entretien du terrain dépend du niveau de jeu de l’équipe et de la fréquence d’utilisation. Dans tous les cas, il est indispensable de bien suivre les consignes de chaque fabricant et de la technique de construction retenue. “Avec ce type de gazon, il n’y a pas d’arrachement donc la remise en place du gazon est plus simple après les matchs. De même, avec le système de fibres injectées, sortant du sol à une hauteur de 2 cm, il n’y a pas de problèmes pour les tontes puisque nous tondons à 2,5 cm” précise Christophe
Sparfel. Les tondeuses simplex sont vivement conseillées car elles sont moins portantes et vont donc moins compacter le terrain. De plus, de manière générale, les opérations mécaniques sont plus nombreuses. “Par exemple, il est nécessaire de défeutrer deux à trois fois par an et décompacter avant chaque match pour assouplir la surface étant donné que le substrat à tendance à durcir. De plus, pour les terrains de haut-niveau, il est nécessaire d’investir dans la luminothérapie pour la période hivernale afin d’obtenir une croissance du gazon tout au long de l’année. Par ailleurs, à l’intersaison, s’il n’y a pas besoin de replaquer, le scalpage (sur environ 15 mm), et les opérations qui en découlent (sablage, regarnissage…) sont indispensables pour retrouver les qualités d’origine du substrat. Dans le cas contraire, une importante couche de feutre se forme à la surface ce qui va augmenter la glissance. De plus, ce feutre va boucher la surface alors que l’objectif de ce type de substrat est d’avoir une surface drainante afin notamment de ne pas annuler de match en cas de pluie. C’est donc totalement contreproductif” argumente François Brouillet, président d’Hydraparts.

Par ailleurs, selon le système de gazon renforcé, certaines opérations sont plus délicates, comme l’explique Sébastien Ranson : “Par exemple, en utilisant une scalpeuse Koro équipée du Rotor Universe avec des spirales de dents spéciales permettant d’enlever la matière organique tout en conservant la fibre initiale. De même, pour les aérations, il faut privilégier les pointes afin de ne pas abîmer la partie synthétique”. En effet, les aérations à lames sont à proscrire afin de ne pas enfouir les fibres pour que celles-ci soient toujours en contact avec le joueur.

Selon la qualité du terrain attendue et le niveau de l’équipe accueillie, le coût d’entretien peut aller de quelques dizaines jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros par an.

Et François Le Roux de conclure : “Les substrats élaborés et renforcés peuvent convenir pour de nombreux terrains, et pas seulement pour le haut-niveau. Tout dépend des attentes de la collectivité : le choix ne sera pas forcément le même pour un terrain d’honneur utilisé une fois tous les 15 jours et un terrain accueillant plusieurs heures d’entraînement par semaine

 

 

Des terrains naturels de meilleure qualité grâce aux substrats élaborés et renforcés

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