Si la survie du gazon n’est pas engagée lorsque les premiers symptômes apparaissent, esthétiquement parlant, la fusariose estivale compromet la qualité et l’homogénéité des surfaces de jeu. Signal d’alerte de problèmes sous-jacents (déficit en potassium, en potasse, excès d’azote nitrique ou ammoniacal, arrosage défaillant…), cette maladie des ‘temps chauds’, non prédominante, mérite toutefois l’attention des gestionnaires, qui l’intègrent dans une stratégie de lutte globale.

L’excès d’azote à libération rapide (nitrique et ammoniacale), qui plus est dès le printemps, participe activement au développement de la fusariose estivale. Un apport en potasse après l’observation des premiers symptômes bloque le développement de la maladie.

 

Entre les tâches brunes dues à Pythium, les tâches rondes spécifiques du dollar spot, les effets dévastateurs de la fusariose froide (début du printemps), les ronds de sorcières (occasionnels) et leurs ‘anneaux’ caractéristiques, les rouilles, faisant apparaître des pustules sur les limbes…, le printemps ne laisse pas de répit pour les gestionnaires de gazon sportif. Sans compter les ravageurs : larves d’hannetons, de tipules et de bibions. En été, l’observation de tâches suspectes ou d’un dessèchement anormal pose tout autant question qu’au printemps : s’agit-il d’un coup de chaud, d’un stress physiologique, d’un excès d’engrais ? Les dégâts d’un ravageur ? D’un champignon ? Possible, car de nombreuses affections primaires sur les gazons sportifs résultent de l’action conjuguée de plusieurs organismes ou micro-organismes, ce qui complique l’élaboration du diagnostic. Mais des signes ne trompent pas, les attaques de Fusarium spp. (ou Fusarium roseum), responsable de la fusariose estivale, ne font pas exception. Si cette maladie n’est pas prédominante et gérée par un ensemble de mesures valables pour toutes les autres attaques cryptogamiques, elle reste malgré tout disgracieuse sur un stade et peut favoriser l’entrée de pathogènes plus virulents.

 

Symptômes de la fusariose

Variés dans leur forme, leur taille et leur mode de vie, les champignons appartiennent au règne des fungi. Dépourvus de chlorophylle, ils sont hétérotrophes. Cela signifie qu’ils sont incapables de synthétiser eux-mêmes leur propre énergie (glucides) à partir du carbone atmosphérique. Par conséquent, les champignons doivent se nourrir de matière organique d’origine végétale ou animale. Certaines espèces, dites saprophytes, s’alimentent de tissus morts, d’autres, les parasites, consomment de la matière vivante. C’est bien sûr dans cette dernière catégorie que l’on trouve la très large majorité des champignons responsables des maladies des gazons, notamment la fusariose estivale.

Symptômes de la fusariose dès le premier stade :

  • tâches circulaires ou anneaux, irréguliers, de 5 à 15 cm dès le premier stade, jusqu’à 90 cm ;
  • feuillage vert jaunâtre à jaune havane, résultant du dépérissement total du gazon ;
  • le centre reste vert ou peut reverdir ;
  • apparition d’un mycélium. « La visualisation de ce mycélium est beaucoup plus rare avec la fusariose estivale (où alors le matin après les arrosages nocturnes, apparition d’un mycélium légèrement rosé » précise Philippe Goujon, manager technique chez Bayer ;
  • le mycélium se développe souvent au niveau du collet, mais peut attaquer les feuilles ;
  • les tâches reviennent souvent au même endroit d’une année à l’autre ;
  • les racines et les couronnes déprécient, ce qui permet de confirmer que la maladie est très ressemblante aux plaques brunes caractéristiques du rhizoctonia.

 

Facteurs de développement de la fusariose

L’humidité, couplée à des températures élevées, un pH inférieur à 6,5 et un sol compacté, favorisent l’apparition du champignon. Autre paramètre d’influence : « les faibles amplitudes thermiques, avec des températures optimales de 26 à 35 °C le jour et 21 °C la nuit » ajoute Philippe Goujon. De plus « après une période de sécheresse ou de forte insolation, un arrosage excessif peut également provoquer l’apparition de la maladie » ajoute Pierre Thiebaut de la société BHS. Du côté des gazons, les agrostides, les pâturins annuels, des prés, les fétuques rouges et tous les gazons à croissance rapide sont particulièrement sensibles à la maladie. Le ray-grass anglais est moins impacté. Il convient également de noter que l’excès d’azote à libération rapide (nitrique et ammoniacale), qui plus est dès le printemps, participe activement au développement de la fusariose estivale. En effet, les parois cellulaires les plus minces, dues à une fertilisation déséquilibrée, sont sensibles à l’écrasement et à la pénétration du champignon. Celui-ci se retrouve alors en contact avec des exsudats foliaires riches en azote et en hydrates de carbone, source de nutrition pour le champignon.

 

La fusariose estivale se caractérise par des tâches circulaires ou anneaux, irréguliers, de 5 à 90 cm de diamètre. Les faibles amplitudes thermiques, avec des températures optimales de 26 à 35 °C le jour et 21 °C la nuit, favorisent leur développement.

Comment lutter contre la fusariose ?

Les mesures prophylactiques qui prévalent dans la lutte contre la fusariose estivale sont identiques à celles utilisées pour limiter l’apparition et le développement de la fusariose froide ou du dollar spot.

Pour lutter contre la fusariose, il faut :

  • veiller à bien aérer les sols sur une dizaine de centimètres de profondeur (lames ou couteaux) ;
  • défeutrer si besoin, en particulier si son épaisseur est supérieure à 1,5 cm ;
  • arroser sans surplus (en corrélation avec les données météo, l’ETP, la RFU…) ;
  • revoir le plan de fertilisation (préférer des engrais à libération lente et organiques dès le printemps), apporter de la potasse en une ou deux fois (type ‘Kali gazon’ à 150-200 kg/ha) dans des proportions plus élevées que l’azote ;
  • faire tomber la rosée le matin avec une réglette en période très chaude ;
  • corriger l’acidité du sol, en dissolvant notamment les carbonates de l’eau d’arrosage (qui bloquent les interstices et empêchent l’eau et l’oxygène de circuler dans le sol) ;
  • lorsque la pression de la fusariose estivale devient trop importante, il faut traiter préventivement et/ou curativement avec une solution chimique homologuée, de préférence avec des produits à large spectre et à action mésosystémique et systémique afin d’assurer une distribution homogène du produit dans le gazon (type Idole L® de BHS, Dedicate de Bayer…). Des agents mouillants peuvent être utilisés pour favoriser l’étalement du produit dans les couches hydrophobes.

Lorsque des dégâts sont observés, c’est-à-dire là où les tâches ont endommagé le gazon, il est possible de réensemencer les parties dépéries en août pour éviter l’installation de plantes indésirables en fin de saison et au printemps suivant.

 

Facteurs propices à l’apparition de la fusariose estivale :

  • gazon à croissance rapide ;
  • températures élevées le jour (plus de 25 °C en journée et au-delà de 20-21 °C la nuit) ;
  • un feutre épais (supérieur à 1,5 cm) ;
  • un gazon stressé par une période de sécheresse prolongée, ou un gazon exposé au soleil ;
  • un déséquilibre de fertilisation, un pH acide et l’usage d’azote à libération rapide au printemps.

 

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Fusariose estivale : savoir la reconnaître et la traiter

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