Un gazon naturel renforcé demande un entretien spécifique et essentiel, principalement concernant les travaux mécaniques, l’arrosage et la fertilisation. Cette dernière demande un fractionnement important au cours de l’année et peut être appréhendée de manière différente selon les stratégies.

Les pelouses naturelles renforcées sont des terrains de haut niveau, pour des équipes professionnelles ou évoluant au niveau national, avec des exigences élevées en termes d’entretien. “Avec ce type de terrain, il est essentiel de s’adapter le plus précisément possible, et en permanence, aux besoins de la plante : il n’y a pas vraiment de stratégie préétablie à l’année, on ne travaille plus selon des habitudes mais dans l’anticipation permanente” indique Marc Ribeyron, responsable développement d’ICL Group.

Pour Stéphane Grolleau, chef de marché espaces verts de Compo Expert, le procédé de construction du terrain ainsi que son environnement rentrent également en ligne de compte dans la stratégie de fertilisation à mettre en place : “il est important de prendre en compte le type de procédé (fibres synthétiques libres ou liées, incorporées ou tuftées…) afin d’effectuer des ajustements selon le comportement de chacun. De plus, il faut étudier l’environnement : le gazon dispose-t-il d’un système de chauffage ou de luminothérapie ?
Est-il entouré d’une enceinte complètement fermée avec des tribunes l’empêchant de bien voir la lumière du jour en période hivernale ?”
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Des échanges réguliers pour faciliter le travail quotidien
Le fait de personnaliser un maximum la fertilisation selon les contraintes de chaque terrain entraîne des échanges réguliers (téléphone, mail, visite technique) entre les responsables des sites et les professionnels. “Ils ont surtout des questions lors de la mise en place et durant les premiers mois. Par la suite, ils essayent d’anticiper un maximum et nous contactent en cas de besoin” déclare Alexis Privas, responsable régional de la société Frayssinet.

Cette interaction fréquente est également intéressante dans la gestion des maladies car les pelouses naturelles renforcées sont très sensibles et il faut donc être très vigilant au niveau de la propagation des maladies. “Selon les régions, nous conseillons d’effectuer 2 à 4 applications préventives, avec par exemple Mycostop, un produit biocontrôle 100 % naturel, en avril ou mai pour le Dollar Spot et entre octobre et décembre (1 fois/mois) pour prévenir la fusariose froide” précise Marc Ribeyron.

Par ailleurs, certaines sociétés proposent aussi des solutions complémentaires pour faciliter ce travail d’adaptation systématique. C’est le cas de Compo Expert, comme l’indique Stéphane Grolleau :
“grâce à notre collaboration avec une entreprise spécialisée dans le développement d’outils digitaux, nous proposons désormais l’installation de station météo afin d’enregistrer les données locales et ainsi ajuster au mieux les besoins en arrosage, en fertilisation, les regarnissages… Différents paramètres sont possibles : température extérieure, pluviométrie, vent, température du sol, ETP ou encore le rayonnement solaire. Nous sommes en train d’installer les premières stations dont le prix varie entre 500 et 3 500 euros HT”.

Une fertilisation très fractionnée
Pour un terrain avec un substrat terre-sable traditionnel, il faut compter entre 4 à 6 apports/an au niveau de la fertilisation.
“Or, un terrain en gazon naturel renforcé possède un substrat composé quasiment exclusivement de sable, donc très filtrant, avec une Capacité d’Echange Cationique (CEC) très faible. Ainsi, la fertilisation doit être fractionnée tout au long de l’année” précise Alexis Privas, responsable région au sein de la société Frayssinet. C’est d’autant plus vrai pour les terrains équipés d’un système de chauffage, puisque ce travail de fertilisation s’effectue tout au long de l’année et non plus que sur 9 ou 10 mois.
Concernant le type de produits, différentes solutions existent entre les apports liquides, solides, à libération lente… Voici quelques conseils donnés par les professionnels interrogés avec les produits à utiliser.

Alexis Privas, responsable région au sein de la société Frayssinet
“La loi Labbé apporte une interdiction d’usage et une restriction de vente de produits chimiques (les engrais minéraux ne sont pas concernés) et encourage un changement des pratiques. Nous privilégions l’approche organique car elle est la seule à pouvoir à la fois assurer une nutrition soutenue de la plante et un maintien des fonctionnalités du sol. Nous associons par exemple, les gammes de fertilisants Ever et Sprintor, avec stimulateur de croissance racinaire car elles apportent un équilibre complet en NPK, avec une action rapide et longue durée, lors des périodes froides et en cas de sol carencé. Par ailleurs, nous proposons également des stimulateurs de croissance racinaire en complément (comme Osiryl ou Xeox) afin d’optimiser l’absorption hydrique et minérale. Ils sont utilisés en relance du gazon en sortie d’hiver ou après un stress (tonte, chaleur…), mais aussi en situation de contraintes (arrachage, forte pression de jeu…). Il est particulièrement recommandé de les associer, en période de stress, à des biostimulants foliaires, de type Antys ou Nutribio+ pour accompagner le végétal.”

Marc Ribeyron, responsable développement d’ICL Group
“En période de pousse, nous conseillons des apports de fertilisation sous forme solide tous les 3 à 4 semaines avec entre 1 et 2 unités d’azote par jour. Par exemple, SierrablenPlus se distingue des fertilisants classiques du marché par une forte proportion d’azote enrobé (75-87 %
enrobé) et une granulométrie mini, fortement appréciable sur ce type de terrain très drainant. De plus, des apports foliaires et racinaires sont également conseillés, à raison de 5 à 7 unités par apports (tous les 8 à 15 jours). Pour cela, nous commercialisons Sportsmaster WSF :
un fertilisant soluble à pulvériser pour des apports à petite dose. Par ailleurs, ces terrains manquent de vie microbienne et bactérienne, il faut donc leur apporter des micro-organismes au printemps et à l’automne afin d’améliorer la vie du sol et réduire fortement le feutre. Notre spécialité avec AMM Vitalnova Energyl Micro remplit parfaitement ces objectifs”
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Stéphane Grolleau, chef de marché espaces verts de Compo Expert
“Les terrains en gazon naturel renforcé étant très sollicités (en termes d’heures de jeu et d’entretien), nous préconisons l’utilisation de Floranid Twin, un engrais à libération lente favorisant une croissance régulée mais durable pendant 3 à 4 mois. De plus, sa granulométrie très fine (0,5 – 1,4 mm ou 0,7 – 2,8 mm) favorise un délitage très rapide. En outre, afin de stimuler le système racinaire et développer une plus grande tolérance au stress, nous utilisons le Super Floranid Twin Gazon BS (entre 20 et 30 g/m2) qui associe des formes d’azote à libération lente avec le micro-organisme naturel à action biostimulante Bacillus E4CDX2”.

Vous l’aurez compris, la fertilisation d’un terrain naturel renforcé doit être adaptée au type de terrain, à son environnement et ajustée en fonction des contraintes de jeu et de climat. Il est donc très difficile de donner un ordre d’idée de budget. Néanmoins, de manière générale, en termes d’intrants (NPK), il est proche d’une fourchette comprise entre 6 000 et 8 000 euros HT/an contre 3 000 à 4 000 euros HT pour un terrain classique.

Ne pas oublier les opérations mécaniques
Pour rappel, outre la fertilisation, les opérations mécaniques sont également essentielles pour obtenir un gazon naturel renforcé de qualité. Voici les principales : tonte : environ 10 à 15 % supplémentaires par an (avec des tondeuses à conducteur marchand si possible) ; défeutrage : tous les mois, voire tous les 15 jours (en période de végétation active) ; aération et décompactage : 10 à 12 fois par an (les aérations à lames sont interdites) ; rénovation d’intersaison (afin d’éliminer 100 % du feutre) : enlever le substrat végétal sur environ 1 cm puis de sabler et ressemer.

Gazon naturel renforcé : fractionner et adapter la fertilisation

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