A l’occasion de la dernière assemblée générale, la Société Française des Gazons a souhaité aborder les enjeux de l’arrosage des terrains de sports, et de son efficience. C’est Michel Latouche, Michael Laliot de la société Agua et Laurent Mignonneau qui, au nom du Synna, sont intervenus sur cette thématique avec quelques rappels à l’évidence et de nombreux conseils empreints de bon sens.

 

En France, les prélèvements en eau pour l’agriculture et l’irrigation sont de l’ordre de 12 % sur les 34 milliards de mètres cubes prélevés/an (Source : Ministère chargé de l’écologie, 2011). L’eau étant disponible, les problèmes actuels sont principalement liés à la répartition inégale des précipitations dans le temps et dans l’espace (500 milliards de mètres cubes/an en France). La qualité de l’eau est aussi disparate : prélèvements dans le milieu naturel, eau de pluie, eau issue de traitement, AEP (Addiction d’Eau Potable)… Mais plus question d’arroser avec de l’eau potable, c’est une aberration ! Dans tous les cas, une gestion raisonnée de l’eau sur les sols sportifs est possible, voire indispensable pour réaliser des économies.

Les enjeux d’un arrosage raisonné

Un sol sportif répond à des attentes et à différentes contraintes d’utilisations. L’objectif d’un arrosage raisonné étant de ne pas gaspiller la ressource, d’apporter la bonne quantité et d’éviter tout excès et tout manque. Aussi faut-il trouver le juste rapport entre économie et écologie. Trop d’eau, et les maladies se développent, sans compter la multiplication des opérations mécaniques, l’usure inutile des matériels d’irrigation et le lessivage des engrais. Pas assez d’eau, et le végétal se dégrade. Arroser un stade avec précision est aussi un paramètre d’importance pour que le sol sportif puisse supporter les chocs dans les meilleures conditions possibles, et que les athlètes puissent accroître leurs performances, surtout sur des terrains engazonnés de plus en plus fréquentés, à défaut d’en construire de nouveaux.

Les clés d’un arrosage réussi ? Aux dires des spécialistes, un arrosage efficient implique des utilisateurs compétents, c’est la règle n°1, ce qui suppose d’investir pour bien les former. Aujourd’hui, il est possible de se référer aux règles professionnelles de l’arrosage et du Vademecum de l’arrosage automatique, de suivre un certificat de spécialisation en arrosage intégré ou encore de profiter des formations Expert’O organisées par le Synaa et l’EA pour les professionnels. Viennent ensuite les connaissances spécifiques du terrain, du végétal, des données météorologiques (ETP, ETR) afin de quantifier des apports d’eau et d’adapter la fréquence d’arrosage. Pour ce faire, il faut : connaître la perméabilité du sol, sa porosité… D’où l’indispensable analyse de sol ; s’équiper de sondes et d’accessoires (station météo, systèmes de protection des réseaux, pluviomètres…) ; choisir une programmation électrique 220-24 V, plus évoluée, plus intuitive et adaptée à une gestion centralisée (GC). Elle permet de gérer les messages d’alarme et donc de faire des économies sur les adductions d’eau. Un système de GC simple assure une utilisation facile et pratique, avec un logiciel de suivi de programmation et un suivi des consommations ; s’équiper d’une station météo locale pour relever l’ETP.

« Seulement 10 % des programmateurs sont équipés de sondes, or il faut impérativement avoir un pluviomètre ou des sondes. On ne peut pas réaliser des économies d’eau sans sonde, sans station météo ! » constatent les experts.

Il faut que j’arrose, oui mais comment ?

Après avoir étudié les différentes provenances de l’eau : forage, pompage, récupération des eaux pluviales… le gestionnaire doit s’intéresser au dimensionnement de l’installation. Il s’agit de connaître les données de base (débit, pression…), de choisir l’implantation (arroseurs périphériques ou dans la surface de jeu) et le système hydraulique (choix du diamètre des canalisations pour respecter 1,5 m/s…). Le busage des arroseurs est tout aussi important. Autrement dit, il faut choisir des buses adaptées aux débits et aux surfaces, car elles ont des incidences sur la portée, afin d’obtenir une uniformité maximale.

Étape à ne pas négliger : l’implantation des arroseurs.

Quatre schémas sont possibles :
Prenons l’exemple d’un terrain de football 117 x 73 m, irrigué avec 12 arroseurs avec vannes incorporées installés en périphérie et 8 arroseurs implantés à l’intérieur du stade (cf. schéma 1). « C’est la base, mais ce n’est pas l’implantation la plus économique en eau. En effet, l’écartement entre les arroseurs est important, ce qui suppose des canalisations et des raccords avec un diamètre plus grand » précise Laurent Mignonneau. Ce schéma d’implantation a l’avantage de ne pas mélanger des arroseurs ¼ de cercle avec des arroseurs ½ cercle, qui ont des temps d’arrosage différents. Coût d’investissement : environ 35 000 € TTC (hors système de pompage).

Deuxième cas de figure (cf. schéma 2), même schéma d’implantation que le précédent, à l’exception de l’ajout de deux arroseurs périphériques supplémentaires. Il permet de gérer au mieux l’arrosage par le paramètre temps.

Voici un schéma d’implantation optimale (cf. schéma 3). Il se compose de 40 arroseurs (avec jeu de buses en périphérie et à l’intérieur du terrain). Les portées se recoupent parfaitement, l’écartement étant moins important entre lignes et arroseurs mais le temps d’arrosage sera plus long.
Coût de l’investissement : environ 35 000 € TTC (hors système de pompage). « Les coûts sont identiques aux schémas d’implantation classiques, car on a certes plus de tranchées à réaliser, de raccordements, mais les arroseurs sont plus petits et moins coûteux à l’achat. En termes de maintenance, si un arroseur se casse, son remplacement coûte 50 € HT/pièce, alors qu’un arroseur de plus longue portée, comme c’est le cas dans les schémas d’implantation précédents, coûte environ 200 € HT/pièce ! » explique Laurent Mignonneau. Il faut juste la compétence pour gérer l’ensemble, d’où, encore une fois, la nécessité de se former.

En matière d’implantation, la dernière configuration (cf. schéma 4) est le top du top ! Elle se distingue par 40 arroseurs mais avec un seul type de buse.
Tous les arroseurs sont indépendants. Donc même portée et même pression partout ! Des économies d’eau à la clé !

 

Le coût d’investissement est légèrement plus important que le schéma précédent.
A titre d’exemple, en Île-de-France, la consommation moyenne d’un terrain bien géré sera de 2 500 à 3 000 m³ d’eau/an, alors que si l’arrosage est mal géré, cette consommation sera d’environ 9 000 à 10 000 m³/an ! Enfin, dernier point, les mesures d’uniformité, essentielles pour apprécier la qualité de l’arrosage :
le coefficient d’uniformité (CU). Il mesure l’efficacité de l’arrosage. Exprimé en pourcentage, il correspond au ratio de la surface des zones sèches sur les zones les plus humides. Le résultat permet ainsi d’évaluer l’uniformité des apports en eau, et donc, l’efficacité de l’arroseur. Plus le CU est élevé, plus l’apport d’eau est homogène ! Le CU est dépendant des caractéristiques de l’arroseur, du couple ‘buse-pression’ et des modalités d’implantation ; le coefficient de sécheresse (SC), communiqué normalement par le fournisseur selon le type d’arroseur et la pression exercée. Corrélé à la quantité d’eau à apporter, il permet d’apporter la dose optimale.
Aujourd’hui plus que jamais, arroser s’avère vital pour les gazons sportifs. Mais tout l’enjeu est de réaliser des économies substantielles, non seulement sur le plan budgétaire, mais également sur le plan environnemental. Sur ce dernier point d’ailleurs, on oublierait presque qu’un stade enherbé permet de lutter localement contre les îlots de chaleur urbains…
Mais ça, c’est un autre sujet !

Mieux arroser, c’est économiser !

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