Profitant des chaleurs estivales, de l’humidité prolongée des ray-grass/fétuques et de leur fragilité en cas d’usage intensif, la pyriculariose gangrène les terrains de sports. Comment déceler les premiers symptômes de cette pathologie apparue en France sur gazon sportif en 2016 ? Comment lutter efficacement pour éviter le dépérissement de la pelouse ? Faut-il s’inquiéter ? Eléments de réponse.


Des petites lésions nécrotiques sur le feuillage (1 à 3 mm de diamètre), appelées ‘water soacking’ et parfois détourées d’un halo jaune ? Des limbes gris/brun, envahis de conidies ? Des pointes de feuilles qui se flétrissent et se tordent jusqu’à dépérir, formant sur la pelouse de grandes tâches irrégulières de 15 à 30 cm de diamètre ? Il se peut que votre gazon sportif soit contaminé par Pyricularia grisea, l’agent causal de la pyriculariose, cette nouvelle pathologie qui fait aujourd’hui grand bruit dans le monde sportif. Pour avoir la certitude du diagnostic, un test PCR (Polymerase Chain Reaction) peut être réalisé en laboratoire, mais son coût est élevé. Concernant les conditions favorables à l’apparition et au développement de la maladie, “la pyriculariose se développe assez rapidement si les conditions suivantes sont réunies, à savoir une chaleur estivale comprise entre 30 et 35 °C (24°C la nuit), et une humidité relative prolongée de 6 à 8 heures. Les épisodes caniculaires n’ont pas d’impact sur le développement du champignon, bien au contraire” précise Ollivier Dours, rapporteur national gazon (Institut Ecoumene G&E).

Prolifération du champignon
Champignon saprophyte, historiquement ravageur des cultures de riz et pathogène de plus de 50 graminées, Pyricularia sp. s’est développé dernièrement sur gazon, où il se nourrit de matière organique en décomposition contenue dans le feutre. Biologiquement, en l’absence de températures optimales et d’humidité favorables à son développement, le champignon persiste sous forme de mycélium dans le sol. En revanche, lorsque les conditions sont remplies, le champignon se propage de racine à racine sous la forme d’hyphes coureurs, qui vont absorber les nutriments du gazon, causer son jaunissement et induire son dépérissement de manière assez rapide. Les gazons gravement atteints produisent des conidies qui, propagées principalement par l’intermédiaire des machines d’entretien et de l’eau (pluie, irrigation), assurent la dissémination du champignon. A noter également que les crampons des joueurs professionnels, notamment ceux évoluant aussi bien en France qu’à l’étranger où la maladie est déclarée, favorisent la dissémination, à moins de disposer de pédiluves à la sortie des vestiaires.

Moyens de lutte
Il n’est possible de lutter contre la pyriculariose qu’en agissant de manière préventive. Encore faut-il anticiper les premiers symptômes de la maladie. “D’où l’importance de l’épidémiosurveillance pour évaluer les risques potentiels et ainsi mettre en place un plan d’actions efficace” assure Ollivier Dours. Parmi les solutions envisagées : les fongicides. Sont-ils pour autant efficaces ? “Il faut bien avoir en tête que lorsque la pyriculariose démarre, elle prend très vite de l’ampleur et il n’est pas possible de la stopper. C’est pourquoi, une lutte préventive est indispensable. Pour ce faire, des matières actives comme les strobilurines (Azoxystrobine) sont intéressantes à positionner dans le gazon de par leur activité anti-sporulante. Le fludioxonil aura, quant à lui, une action préventive sur les spores présentes dans le feutre. Il trouvera donc sa place en préventif dans un programme pour diminuer la quantité d’inoculum présent dans le gazon” indique Céline Le Guern, responsable marketing pour la gamme gazon chez Syngenta. Néanmoins, de nouvelles matières actives (Solatenol et difenoconazole), à positionner avant les premières attaques, s’avèrent également intéressantes, y compris en curatif. “Ce sont des matières actives systémiques qui ont une action de choc ‘curative’, qui permettra de rendre beaucoup plus difficile le développement du champignon. Si des traitements s’imposent une fois les symptômes apparus, il faudra utiliser ces deux matières actives pour leur action ‘choc’” ajoute-t-elle.

Les mesures prophylactiques ont également un intérêt majeur dans la lutte contre la pyriculariose. Les gestionnaires ont donc tout intérêt à revoir leurs pratiques culturales et les conditions de développement du gazon. Premièrement : le drainage. Il est évident qu’un drainage mal maîtrisé à l’échelle du terrain augmente significativement les excès d’eau qui, pour rappel, sont des facteurs d’apparition de la pyriculariose (ils empêchent le développement de la vie microbienne antagoniste du sol). Même principe en ce qui concerne l’arrosage. “Tout excès est à bannir, il convient également d’arroser durant la seconde période de la nuit, au petit matin,  afin de limiter la période d’humectation et de réduire la rosée” recommande le rapporteur national. Ne pas hésiter non plus à rafraîchir les températures locales avec la technique du ‘Syringe’, qui consiste à apporter, en plus des besoins réels de la plante, de très petites quantités d’eau, 3 à 4 fois par jour de grandes chaleurs, afin de former à la surface du gazon une pellicule d’eau d’environ 1 mm. Si les excès d’eau sont à proscrire, les excès d’azote aussi. “Sur la saison,  les gestionnaires ont tendance à bien préparer les gazons, trop peut-être, en réalisant des apports d’engrais azotés pas toujours nécessaires et responsables du développement de la maladie sur ray-grass et fétuques élevées. Par contre, les carences en K et Mg doivent être surveillées” indique-t-il. Outre le potassium et le magnésium, les solutions de biocontrôle homologuées ont également un intérêt particulier car elles permettent d’améliorer les défenses immunitaires des gazons et donc de résister à la pyriculariose. Du côté des opérations mécaniques, s’il est recommandé de sabler et de bien aérer le substrat pour diminuer le risque d’apparition des pathogènes, ces interventions sont à éviter pendant la période sensible à la pyriculariose (plein été). Par contre, pas d’hésitation à défeutrer régulièrement le gazon.
Des variétés sont plus ou moins sensibles à la pyriculariose. Par exemple, les ray-grass anglais sont plus tolérants, voire résistants.

Enfin, d’autres solutions semblent prometteuses : des apports idoines de silice, et les paramètres microclimatiques fondamentaux consécutifs à l’architecture particulière des stades, qui ont une influence sur la croissance et la résistance naturelles aux agressions biotiques des gazons, à savoir l’air et la lumière qui induisent une atmosphère confinée et une diminution de l’éclairement journalier. En agissant sur une meilleure aération grâce au déploiement de ventilateurs afin de ventiler une enceinte à priori close(à l’image des systèmes installés dans les stades rennais, bordelais ou toulousains) et d’optimiser les valeurs d’éclairement grâce à la luminothérapie (hors UVC). Ces dispositifs prophylactiques innovants sont des leviers qui limiteront le développement des pathogènes…
Dorénavant, vous saurez reconnaître le pathogène et agir en conséquence.

 

A retenir

  • La pyriculariose se développe à des températures comprises entre 30 et 35 °C
    (24°C la nuit), sous couvert d’une humidité prolongée de 6 à 8 heures.
  • Le champignon se propage de racine à racine sous la forme d’hyphes coureurs,
    qui vont absorber les nutriments du gazon et causer son dépérissement.
  • Les gazons gravement atteints produisent des conidies qui sont propagées
    par les machines d’entretien, l’eau (pluie, irrigation) et les chaussures.
  • L’épidémiosurveillance est le meilleur moyen de lutte.
  • Les solutions de biocontrôle homologuées permettent d’améliorer
    es défenses immunitaires des gazons et de résister à la pyriculariose.
  • Ne pas sabler et aérer en période sensible.
  • Eviter les excès d’azote.
  • Arroser régulièrement avec la technique du ‘Syringe.’
Pyriculariose : soyez ‘biovigilants’ !

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