Les enjeux multiples (éducatifs, sociaux, touristiques, économiques…), auxquels répond la pratique des sports de nature, rendent nécessaire la conduite de politiques publiques garantissant un accès aux sites de pratique pour le plus grand nombre, le tout dans le respect des milieux naturels. Voici quelques éléments pour optimiser votre politique sportive concernant les sports de nature.

Dans le domaine des sports de nature, il existe trois types d’espaces de pratique :
les sites naturels non aménagés, qui grâce à leurs atouts naturels ou leur configuration, font l’objet de façon avérée de la pratique d’une activité physique et/ou sportive, par appropriation ; les sites naturels aménagés : espaces ou sites relatifs aux sports de nature spécifiquement aménagés en milieu naturel (forêt, rivière, mer, montagne…), pour permettre et/ou faciliter la pratique d’une activité physique et sportive ; les sites artificiels, dont la conception est principalement due aux techniques développées par l’homme, sont généralement conçus uniquement pour la pratique d’une activité physique et/ou sportive et n’ont pas d’autres usages.

Le développement des plans départementaux
Depuis la loi du 6 juillet 2000, ce sont les conseils départementaux qui se chargent de gérer et de développer les sites pour la pratique des sports de nature. Avec la Commission Départementale des Espaces, Sites et Itinéraires (CDESI), le Département implique les acteurs des sphères sportive, environnementale, touristique ou encore institutionnelle pour concourir, notamment, à l’élaboration du Plan Départemental des Espaces, Sites et Itinéraires (PDESI). Ce dernier doit garantir l’accessibilité aux lieux, supports des pratiques sportives de nature, sans pour autant compromettre les objectifs de préservation de l’environnement, l’exercice des autres usages (autres sports, chasse, pêche…) ou le droit de propriété. Dans de nombreux cas, le rôle de la CDESI ne se limite pas à l’élaboration et à la mise en œuvre du PDESI. Les Départements s’appuient sur cette instance pour définir ou orienter une politique de développement maîtrisé des sports de nature plus globale (aménagement, promotion touristique, évènements, financements…) en lien notamment avec les fédérations sportives, les communes et les intercommunalités.
Chaque année, de nouveaux Départements créent une commission spécifique. Par exemple, en 2019, les Pyrénées Orientales, les Bouches-du-Rhône et la Creuse ont rejoint les 63 départements qui avaient déjà mis en place une telle commission sur leur territoire. Parmi ceux-ci, une quarantaine ont mis en place un plan départemental pour pérenniser et optimiser les différents lieux de pratique” indique Benoit Peyvel, en charge des lieux de pratique au sein du Pôle Ressources National des Sports de Nature (PRNSN).

Au-delà du rôle des Départements, la montée en puissance du couple région – intercommunalité et l’arrivée de nouvelles métropoles doivent être l’occasion de sensibiliser chaque échelon territorial sur les enjeux relatifs aux sports de nature et sur la nécessaire préservation de l’accès aux Espaces, Sites et Itinéraires (ESI). Bien évidemment, les collectivités peuvent s’appuyer sur l’expertise du PRNSN qui mutualise et met à leur disposition des outils adaptés à leurs besoins : documents de présentation, aide juridique, valorisation d’actions innovantes…

La promotion de la pratique

L’essentiel des sportifs sont non-encadrés ou non-fédérés. L’enjeu principal est donc de trouver les meilleurs moyens de communiquer auprès de ce public : partenaires associatifs, communication institutionnelle… Bien évidemment, les scolaires restent aussi une cible privilégiée. “Si la découverte est primordiale, la poursuite d’activité l’est tout autant. Aussi, sur notre territoire, la création de sections sportives scolaires spécialisées dans les collèges, voire les lycées, offre des possibilités de perfectionnement indispensables dès le plus jeune âge. Le mouvement sportif maintient un engagement fort avec les établissements ayant conclu un partenariat avec une fédération sportive. De plus l’aspect formation est également primordial, tant au niveau de l’enseignement technique et sportif, que comportemental, mais également sur le volet environnemental” déclare Nicolas Dupuy, directeur des sports du Département de l’Ardèche.

La gestion des sites
La gestion et l’entretien des différents lieux de pratiques (falaises, routes, chemins pédestres…) est une question centrale pour le développement des activités de sports de nature. Il est donc essentiel que chaque site inscrit ait un gestionnaire identifié : commune, communauté de communes, syndicat, comité sportif départemental ou club. Concernant l’entretien, les Départements doivent privilégier une gestion conforme aux normes fédérales. Par conséquent, les comités et les clubs restent les acteurs privilégiés. Si les sites de pratique sont placés sous la gestion d’un syndicat, d’un EPCI ou d’un opérateur privé, l’inscription du site de pratique au PDESI imposera que les personnels intervenant pour la maintenance des équipements sportifs soient formés et titulaires des qualifications fédérales. “Pour financer cet entretien et le développement des sites, notamment les espaces naturels sensibles, les Conseils départementaux peuvent utiliser les crédits issus du produit de la taxe d’aménagement parfaitement adaptés à la mise en place de telles actions” ajoute Francis Gaillard. En outre, le travail de médiation est souvent essentiel afin de maîtriser les usages, résoudre les conflits et améliorer la sécurité des pratiquants, comme l’explique Nicolas Dupuy : “nous avons mis en place une cellule de médiation qui gère notamment les conflits d’usages qui peuvent intervenir car il faut faire cohabiter de nombreux usagers sur ces différents sites : randonneurs, chasseurs, kayakistes, pêcheurs… Ce travail représente une mission à mi-temps”.

La création du dispositif Suricate
Le dispositif Suricate, mis en place par le ministère des Sports en 2014, répond à trois objectifs principaux : recenser les problèmes rencontrés sur le terrain par les pratiquants de sports et de loisirs de nature ; mutualiser les informations relatives à la connaissance et à la résolution des problèmes ; évaluer et optimiser la politique de développement maîtrisé des sports de nature pour le plus grand nombre.

La plateforme en ligne (http://sentinelles.sportsdenature.fr/) et l’application Suricate permettent à chaque pratiquant de signaler et de géolocaliser les problèmes rencontrés lors de sa pratique de loisirs et d’activités sportives de nature. Qu’il s’agisse d’une erreur de balisage, d’un panneau défectueux, d’un problème de pollution, d’un besoin de sécurisation, ou bien d’un conflit avec un propriétaire ou d’autres pratiquants… Les signalements sont traités par les fédérations sportives de nature, les Départements et les services de l’État en lien avec le PRNSN, grâce à un réseau d’administrateurs qui a été mis en place. Par exemple, en 2019 ce sont environ 3 600 signalements qui ont été effectués grâce à cet outil. L’objectif est de le développer davantage, tout comme le nombre d’administrateurs” précise Francis Gaillard.

En 2015, l’Ardèche comptait environ
18 000 km d’itinéraires de randonnée balisés, 665 km de rivière exploitée pour la pratique du canoë-kayak, 46 cavités utilisées à des fins spéléologiques, 78 falaises équipées pour l’escalade, 1 134 km de routes signalisées pour le cyclotourisme, ou encore 114 sites de course d’orientation. Une offre conséquente qui posait certains problèmes, signalés par le dispositif Suricate, et qu’il a fallu restructurer, comme l’explique Nicolas Dupuy : “si on prend l’exemple des itinéraires balisés, ils étaient beaucoup trop nombreux et les intercommunalités n’avaient plus les moyens de les entretenir. Ce constat a été confirmé par un nombre de signalements très important sur la plateforme Suricate. Nous avons donc décidé de réduire le nombre de 2 500 km pour proposer une offre de parcours moins conséquente mais de qualité. Nous avons commencé à partir de 2017 et nous en sommes à la moitié de l’objectif. Pour cela, nous avons fixé une moyenne de kilomètres par territoire avec une aide financière pour renouveler la signalétique (100 000 euros sur 3 ans) et ainsi accompagner la rationalisation de ces itinéraires d’intérêt communautaire et départemental ”.

Après un développement important des sports de nature ces dernières années, il reste encore un travail important à effectuer concernant l’optimisation de la gestion et de l’entretien de ces nombreux sites à travers les territoires. Un enjeu majeur touchant à la fois les politiques sportives, mais aussi touristiques.

Sports de nature : comment structurer sa politique sportive ?

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